lundi 26 mars 2012

des tuyaux de la part d'Eric...






Lors de notre rencontre autour du nouvel orgue de l'église des St François à Montpellier, Éric Andanson nous a fait un exposé sur la registration des orgues espagnols, exemples sonores à l'appui.










Voici quelques indications précieuses pour ceux qui le désirent.


MÉLANGES DANS L'ORGUE ESPAGNOL


Jeux communément rencontrés, dans des orgues assez "basiques". Les grands instruments peuvent bien sûr avoir d'autres registres aux noms exotiques


A/ DÉNOMINATION DES JEUX :

1 – les principaux

Flautado 8                              montre 8
Octava 4                                 prestant 4
Docena (12ème)                      quinte 2 2/3
Quincena (15ème)                    doublette 2
Diecisetena (17ème)                 tiercelette 1 3/5
Decinovena (22ème)                quinte 1 1/3
Lleno                                      plein-jeu (en général basé sur le 1 1/3)
Cimbalet (tierce)                     cymbale (tierce) (en général basé sur le 2/3)

2 – les flûtes

Les mutations simples sont toujours appelées par le terme nazardos accompagné de la hauteur par rapport à la fondamentale de 8.

Exemple : on prend le 1er do de la montre 8, on compte 12 notes (diatoniques) et on obtient le sol 2 2/3, on compte 15 notes, et on obtient le do 2 pieds, etc.

Violon (con chimenea)           bourdon 8 (à cheminée)
Violon aperta                          flûte ouverte (généralement que le dessus)
Tapadillo                                flûte bouchée (en 4)
Nazardos 12ème                     nazard 2 2/3 (la douzième de la fondamentale de 8)
Nazardos 15ème                      flûte 2 (la 15ème de la fondamentale de 8)
Nazardos 17ème                      tierce 1 3/5 (la 17ème de la fondamentale de 8)
Nazardos 22ème                      larigot 1 1/3 (la 22ème de la fondamentale de 8)
Corneta                                   cornet (pouvant aller de 3 à 9 rangs)
Contras 16                              soubasse 16 au pédalier de très grosse taille
Contras 8                                flûte ouverte au pédalier de grosse taille (souvent en un seul registre avec            
                                               le contras 16)

Dans les corneta, on double les rangs en partant du plus aigu : dans la corneta de VI, on a donc le rang de tierce doublé, dans celle de VII, celui de la tierce et la flûte 2, etc.

3 – les anches

Trompeta real                         trompette 8 intérieure
Trompeta magna       trompette 16 intérieure seulement sur le dessus, peut parfois être en                                                         chamade dans les grands instruments
Bajoncillo                               clairon 4 en chamade (généralement seulement la basse)
Clarin                                     trompette 8 en chamade (généralement seulement le dessus)
Trompeta de battala      trompette 8 en chamade (généralement basse et dessus – sonorité plus                                                                  brillante que la clarin)

Orlos                                     voix humaine 8 (peut être en chamade)
Dulzaina                                 régale (généralement en chamade)
Bombarda                              bombarde 16 (rare et au pédalier)


B/ PRINCIPES DE BASE :          

Le jeu de flautado est la base de tout l'orgue. Elle possède une harmonie à la fois chaude et douce et puissante. C'est un excellent jeu soliste.

Dans l'orgue espagnol, à l'instar des orgues flamands et italiens, on ne mélange jamais les flûtes et les principaux dans le plénum. La fondamentale de 8 (flautado) est soyeuse et chaude et soutient à elle seule les rangs du plénum. En outre, les sommiers et le vent ne sont pas conçus pour alimenter des mélanges trop fournis. A proscrire radicalement : anches + plénum, ou pire encore un tutti, notion totalement hors de propos dans ce type d'instrument.

Dans les tientos par contre on peut associer la flautado et la flûte de 4 si l'orgue en possède une sur le même clavier. C'est un mélange soliste au même titre que violon et octava. La construction du plénum se fait graduellement. Si l'orgue possède une quinte 2 2/3, elle viendra avant la doublette et nourrira le plein-jeu lui donnant un caractère sombre et grave, très puissant. Les cymbales sont généralement puissantes, souvent avec une tierce, ce qui leur donne une sonorité très typée.
Si on ne met pas le Lleno dans le plein-jeu pour avoir un mélange plus clair, dans ce cas on omet la quinte 2 2/3. Mettre le nazardos 17ème dans le plénum est généralement assez laid, les timbres ne mélangent pas.

Les jeux de flûtes sont souvent de très grosses tailles, harmonisés très doucement, ce qui leur confère un caractère très calme, mais qui porte et est toujours coloré. Un récit de tierce à la française sur un orgue espagnol est toujours très beau, le son étant plein et chaleureux.

L'utilisation des chamades se fait soit en soliste, soit en mélange. La basse de chamade 4 se joue seule à la main gauche ou peut être associée au dessus de 8. Dans ce cas on met la trompette intérieure pour assoir la fondamentale de 8 et ne pas déséquilibrer la puissance et la polyphonie. La dulzaina peut être associée aux autres chamades ou sonner en solo. On associe rarement les chamades aux fonds, leur position fait que le mélange ne se fait pas toujours bien, mais il faut compter avec l'acoustique du lieu. Par contre les anches intérieures pour des passages solos peuvent être colorés par des fonds. Par exemple sur le dessus : flautado + nazardos 12ème (2 2/3) + trompette, à la basse flautado + octava. La notion de grand-jeu n'est pas la même bien sur que dans l'orgue français. La corneta peut se mélanger aux anches (intérieures et en chamade) elle apporte de la rondeur et rééquilibre les basses et les dessus.

            En règle générale les orgues espagnols sont harmonisés avec un vent généreux pour les principaux, plus moyen pour les flûtes, mais toujours à des pressions assez basses. Sans aller jusqu'au 40 millimètres des italiens, on trouve souvent des instruments harmonisés à 60-65 mm de pression. En France on est plutôt dans les 80/90 mm et même 127 mm pour le Clicquot de Poitiers (1791). Le choix de la pression est, bien sûr, déterminante dans le résultat sonore et les techniques d'harmonie.